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Le commerce international axé sur les chaînes de valeur mondiales est-il en déclin?

Le commerce international connaît un ralentissement, comme le confirmaient les données d’un récent article de CanadExport, Les exportations mondiales après la crise : une situation ni souhaitable ni désastreuse. En segmentant le commerce international en trois types de biens, soit les biens intermédiaires, les biens de consommation et les biens d’équipement, on constate que la chute des exportations de biens intermédiaires est l’un des principaux facteurs de la décélération du commerce international.

Tendances des exportations mondiales par type de biens

Données : UNComtrade, BEC (catégories économiques générales)
Source : Bureau de l'économiste en chef, MAECD

Les biens intermédiaires, c’est-à-dire les intrants utilisés dans le processus de production, comprennent diverses fournitures industrielles ainsi que les combustibles minéraux, les lubrifiants, les pièces et accessoires. Les biens de consommation sont quant à eux des biens destinés à la consommation finale par les ménages, comme les aliments et les boissons. Les biens d’équipement, enfin, sont des produits durables servant à la production industrielle; ils englobent notamment les machines, l’équipement électrique, les locomotives et les avions.

De 2000 à 2008, les exportations mondiales ont fait un bond de près de 8 billions de dollars américains, soit une hausse annuelle moyenne de 11,8 p. 1001. De cette somme, 4,3 billions de dollars américains, ou 54,3 p. 100, correspondaient à une hausse des exportations de biens intermédiaires. Le commerce de ce type de biens est un bon indice du degré d’intégration d’un pays aux CVM, puisque les biens intermédiaires servent à lier les processus de production entre pays et centres de production. Lorsque le commerce des intrants se multiplie, le processus de production en entier se morcèle à l’échelle internationale et les CVM se complexifient. Le commerce des biens intermédiaires peut donc être utilisé comme étalon de mesure des CVM.

Comme en fait foi l’explosion des exportations de biens intermédiaires, la croissance des CVM à l’échelle internationale entre 2000 et 2008 est sans doute attribuable à plusieurs facteurs.

Tout d’abord, l’amélioration constante des technologies de l’information et des communications conjuguée à la diminution de leur coût ont permis une gestion plus efficace des ententes de production complexes, facilitant la participation aux CVM. Ensuite, la réduction des obstacles au commerce et la mise en place de régimes plus ouverts visant l’investissement étranger direct (IED) ont incité encore davantage les sociétés, particulièrement les entreprises multinationales, à étendre leurs activités à l’étranger. La croissance des fusions et des acquisitions transfrontalières de 2002 à la première moitié de 2007 illustre cette tendance2. Puis, la baisse constante des frais de transport et les améliorations technologiques ont permis aux entreprises de participer aux CVM plus facilement, et ce, à moindre coût. Enfin, les gains réalisés par les entreprises qui se joignaient à des CVM ont poussé leurs concurrents à les imiter, c’est-à-dire à segmenter eux aussi leur production à l’échelle internationale afin de rester sur un pied d’égalité.

Après 2008, le commerce international a essuyé une forte baisse dans le sillage de la crise financière mondiale, mais il s’est rétabli complètement en l’espace de deux ans pour poursuivre ensuite sa progression en 2011. La croissance des exportations mondiales a toutefois ralenti de façon marquée en 2012, dégringolant de 18,3 p. 100 l’année précédente à 0,3 p. 100, pendant que la croissance du PIB mondial marquait un recul de 3,1 p. 100 à 2,6 p. 100.

Responsables de la forte hausse du commerce de 2000 à 2008, les exportations de biens intermédiaires ont aussi entraîné son ralentissement ultérieur. Ainsi, en 2012, alors que les exportations totales étaient en hausse de 47,5 milliards de dollars américains, les exportations de biens intermédiaires chutaient de 116,8 milliards de dollars américains. Ces changements plus marqués dans les exportations de biens intermédiaires sont attribuables en partie à un effet d’amplification, puisque les biens intermédiaires traversent les frontières beaucoup plus souvent que les biens finaux. La baisse des exportations de biens finaux accentue en effet le ralentissement, voire le recul des exportations de biens intermédiaires.

Plus important encore, cette baisse peut également être le signe du retrait des entreprises des CVM, ce qui peut s’expliquer de plusieurs façons. En premier lieu, les catastrophes naturelles de grande envergure comme le tsunami au Japon et le déluge en Thaïlande survenus en 2011 ont montré la vulnérabilité des CVM quant aux ruptures éventuelles dans la chaîne d’approvisionnement. Cela a poussé certaines entreprises à se tourner vers des sources d’intrants intermédiaires nationales, moins éloignées et moins vulnérables.

En deuxième lieu, les processus de production sont de nos jours plus automatisés et nécessitent moins de main-d’œuvre, tandis que les processus de production à haute intensité de main-d’œuvre sur les marchés émergents sont de plus en plus coûteux en raison des pressions qu’exercent les travailleurs pour obtenir de meilleurs salaires3. Tous ces facteurs freinent le désir des entreprises d’externaliser ou de délocaliser leurs activités, d’où leur participation réduite aux CVM et le recul du commerce des biens intermédiaires.

Tout compte fait

Les biens intermédiaires ont propulsé le commerce international d’avant la crise vers des sommets inégalés mais ils ont également entraîné le récent ralentissement. La diminution du commerce des biens intermédiaires peut également être le signe d’une plus faible participation des entreprises aux CVM.

Pour obtenir plus d’information, prière de consulter le Bureau de l’économiste en chef, Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada.


1 Dans cette analyse, on entend par « exportations mondiales » les exportations d’un groupe de 95 pays dont les données sur le commerce pour la période de 2000 à 2012 sont présentées dans UNComtrade. Ces pays étaient à l’origine de 85,5 p. 100 des exportations mondiales totales en 2012. De plus, les exportations mondiales totales sont plus élevées que la somme des exportations de biens intermédiaires, de biens de consommation et de biens d’équipement, parce que certains biens exportés ne font partie d’aucune de ces catégories.

2 Communiqué de KPMG : Global Deal Environment Set to Deteriorate into H2 2008, Claims KPMG’s Global M&A Predictor.

3 Par exemple, selon The Economist (janvier 2013), la croissance récente des salaires en Chine a dépassé la croissance de la productivité.

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