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Grâce à un accès à des débouchés et à un soutien, les entreprises 2ELGBTQI+ réussissent dans l’exportation

Il peut être complexe de faire des affaires à l’extérieur des frontières du Canada, mais cela procure des avantages inédits. Malgré les obstacles à surmonter, l’exportation peut s’avérer encore plus avantageuse pour les entrepreneurs canadiens qui font valoir leur appartenance aux communautés 2ELGBTQI+.

Avec l’aide du Service des délégués commerciaux (SDC) du Canada, une foule de possibilités s’ouvrent à ces entrepreneurs grâce aux programmes de diversification des fournisseurs, aux missions commerciales et à d’autres initiatives sur le plan international.

« Les gens du SDC ont été incroyables; ils veulent vraiment s’assurer que les entreprises et les gens d’affaires des communautés 2ELGBTQI+ sont soutenus », affirme Darrell Schuurman, PDG de la CGLCC, la Chambre de commerce 2ELGBTQI+ du Canada. Cette organisation, qui certifie les entreprises appartenant à des personnes 2ELGBTQI+ et représente leurs intérêts sur le marché international, estime qu’il existe au Canada environ 100 000 entreprises de ce type et que celles‑ci génèrent des retombées économiques de l’ordre de 22 milliards de dollars par année.

Un petit nombre de ces entreprises sont exportatrices, mais ce nombre est en croissance, dit M. Schuurman. « Les entreprises de la diversité se rendent compte des occasions et des avantages qui s’offrent à elles, et elles cherchent des moyens d’en tirer parti à l’étranger. » Il peut y avoir certains obstacles, prévient M. Schuurman. Selon une étude réalisée en 2021 par la CGLCC, en partenariat avec Deloitte, 21 % des entreprises détenues par des personnes 2ELGBTQI+ admettent qu’elles ont dû surmonter des obstacles pour réussir à l’étranger en raison de leur appartenance aux communautés 2ELGBTQI+.

Ces entreprises ont grandement pâti de la pandémie de COVID‑19 et ont souvent dû chercher des services de soutien « qui n’ont pas nécessairement été conçus en fonction de leurs besoins », souligne M. Schuurman. Parallèlement, la pandémie a favorisé le développement de compétences technologiques et démocratisé les réunions grâce aux plateformes virtuelles, ce qui a uniformisé les règles du jeu pour les petites et moyennes entreprises (PME) détenues par des membres de groupes minoritaires.

Darrell Schuurman
Darrell Schuurman, PDG de la CGLCC

Selon M. Schuurman, ce qui ouvre des portes à ces entreprises « historiquement sous‑représentées », ce sont surtout les programmes d’approvisionnement des sociétés multinationales qui accordent la priorité aux fournisseurs 2ELGBTQI+ ainsi qu’à d’autres groupes de la diversité.

Le SDC accroît ses efforts pour intégrer les entrepreneurs 2ELGBTQI+ canadiens au marché mondial, affirme Geneviève Gougeon, déléguée commerciale de la Direction de la mobilisation du SDC à Affaires mondiales Canada. Cette direction est chargée de promouvoir le développement du commerce international et les exportations auprès des entreprises 2ELGBTQI+ et des PME détenues ou dirigées par des membres d’autres groupes sous‑représentés, y compris les entreprises appartenant à des femmes, à des Autochtones, à des membres de minorités visibles ou à des jeunes.

« Lorsque ces exportateurs arrivent à lancer leurs produits ou services sur le marché, nous en profitons tous », indique Mme Gougeon, dont l’équipe est chargée des relations du SDC avec la CGLCC. « Les entreprises détenues par des personnes 2ELGBTQI+ ont beaucoup de potentiel. Nous voulons nous assurer qu’elles peuvent se présenter sous leur meilleur jour et vraiment mettre à profit ce qui les rend uniques. »

Avant la pandémie de COVID‑19, le Canada a organisé deux grandes missions commerciales pour les entrepreneurs 2ELGBTQI+ aux États‑Unis, à l’occasion de la Conférence internationale des affaires et du leadership de la National LGBT Chamber of Commerce. Ces missions ont fait ressortir encore davantage l’importance que le Canada accorde à la diversité et à l’inclusion, et ont ouvert aux participants une myriade de possibilités commerciales à l’étranger.

Ces efforts ont pris une nouvelle dimension en mars 2021, grâce à une mission commerciale virtuelle en Colombie pour les entrepreneurs 2ELGBTQI+. Il s’agissait de la première mission du genre visant un pays autre que les États‑Unis. La Colombie est le quatrième marché d’exportation en importance du Canada en Amérique du Sud et en Amérique centrale, et les entreprises canadiennes bénéficient d’un accès privilégié à ce marché grâce à l’Accord de libre‑échange Canada–Colombie.

Selon Mme Gougeon, de telles missions commerciales sont « une excellente occasion d’établir des liens avec des entreprises aux vues similaires » et elles présentent l’avantage supplémentaire d’être associées au soutien du Canada.

Peter Hawkins, directeur général de Mellohawk Logistics Inc., une société internationale d’expédition de fret basée à Mississauga, en Ontario, a participé à chacune des trois missions commerciales avec son mari Arnon Melo, codirecteur général de l’entreprise. M. Hawkins affirme que de tels événements offrent une visibilité et des contacts importants, et rassemblent les milieux d’affaires 2ELGBTQI+ dans un lieu où « tout le monde soutient tout le monde ».

Peter Hawkins et Arnon Melo
Peter Hawkins (à gauche) et Arnon Melo sont propriétaires de Mellohawk Logistics.
Photo : Ricardo Oliveira

M. Hawkins et M. Melo, qui est originaire du Brésil, ont lancé Mellohawk en 2002. Aujourd’hui, leur PME compte 16 employés, dont la moitié s’identifient comme non binaires. Forte de ses bureaux et de ses agents dans 65 pays, leur entreprise fournit des services de logistique, d’expédition, de commerce international et de conseil à des exportateurs de partout dans le monde.

M. Hawkins, qui a reçu de la CGLCC le Prix de l’exportateur LGBT+ de 2019, parrainé par Exportation et développement Canada, affirme qu’il est essentiel que les entreprises de la diversité soient certifiées. Cependant, il est conscient que son entreprise a perdu des contrats et des clients, du moins au début, en raison de son identification à la communauté 2ELGBTQI+. « Ils nous ont laissé tomber, dit‑il, mais ils sont revenus parce que nos tarifs sont plus bas et que nous offrons un meilleur service. »

M. Melo, qui a reçu en 2021 la médaille de l’Ordre de Rio Branco décernée à des citoyens brésiliens et à des étrangers pour services distingués au Brésil dans le domaine de la diplomatie internationale, affirme que le SDC renforce beaucoup la crédibilité. Il procure également des occasions d’affaires, des conseils d’experts et favorise des contacts fructueux dans le monde entier.

« Ce qu’offre le SDC est inestimable,  affirme M. Melo. Les délégués commerciaux ont accès à des gens occupant des postes de haut niveau en politique, en exportation et développement et en commerce, ce qui est vraiment impressionnant et extrêmement bénéfique pour nous. »

M. Hawkins ajoute que la mission commerciale virtuelle en Colombie a permis à Mellohawk de créer de nouveaux contacts et de nouvelles références. Les premiers mois de la pandémie de COVID‑19 ont certes été « périlleux » pour les affaires, mais les gens sont maintenant plus à l’aise d’effectuer des transactions et de tenir des événements en ligne, ce qui a aidé l’entreprise.

Connie Stacey
Connie Stacey, présidente et cheffe de la direction de Growing Greener Innovations.
Photo : Blaise van Malsen

Connie Stacey, présidente et cheffe de la direction de Growing Greener Innovations, une entreprise d’Edmonton qui fabrique un système d’énergie propre appelé Grengine, destiné à une utilisation hors réseau, affirme que son entreprise a tout simplement « explosé » grâce aux ventes internationales. Elle note surtout que de nombreuses entreprises Fortune 500 ont « pris conscience que la diversité renforce leurs affaires » et elle estime que dans un tel contexte, « affirmer son identité est tout un atout. »

Son entreprise, qui a maintenant sept ans, est certifiée à la fois comme entreprise détenue par une femme et par une personne 2ELGBTQI+. Elle compte 12 employés, elle est en croissance, et vend ses produits dans plus de 10 pays. La moitié de ses revenus provient de l’extérieur du Canada.

Mme Stacey estime qu’un tel succès n’aurait jamais été possible sans l’appui des délégués commerciaux dans différents marchés. « Je ne peux pas imaginer que nous serions là où nous en sommes sans eux », dit‑elle, et elle précise que, sur certains marchés étrangers, presque tous les contrats de sa PME ont été conclus grâce à des présentations effectuées par le SDC. « C’est phénoménal », dit‑elle.

Elle ajoute que la pandémie a présenté des défis, car l’entreprise a été durement touchée au début de la crise lorsqu’un projet majeur a été mis en attente. Toutefois, après ce « contretemps initial », les choses se sont bien passées. « La pandémie a sans nul doute mieux conscientisé les gens à l’importance de la continuité des activités, de l’alimentation de secours et de l’efficacité énergétique », indique Mme Stacey, qui négocie actuellement un contrat pour la vente d’un système à un complexe touristique prestigieux au Royaume‑Uni.

L’attitude des gens peut encore représenter un obstacle pour les entreprises appartenant à des personnes 2ELGBTQI+ qui cherchent à exporter, prévient‑elle, bien que les contacts et les événements qu’offre le SDC facilitent les choses.

« La situation commence à changer, mais le changement prend du temps, fait remarquer Mme Stacey. Il existe encore beaucoup de sexisme et de discrimination, sans compter le fait que les gens font des affaires avec les personnes qu’ils connaissent. Si on ne vous invite pas à entrer dans la danse, comment allez‑vous rencontrer des acheteurs? ».

Comme le reconnaît Mme Gougeon, « même en 2022 hélas, certains marchés du monde ne semblent pas aussi ouverts que d’autres ou prêts à accepter les biens, les services et les investissements d’entreprises appartenant à des personnes 2ELGBTQI+ ».

Le SDC peut aider les propriétaires de ces entreprises à élaborer des stratégies pour « trouver la solution qui leur convient le mieux, tirer parti de leurs alliés et soutenir la communauté sur ces marchés, car permettre aux gens d’affaires de faire des affaires est tout simplement logique sur le plan commercial », conclut Mme Gougeon. Sur ces marchés internationaux, les équipes commerciales locales et les équipes politiques du Canada travaillent également de concert pour promouvoir les droits des personnes 2ELGBTQI+.

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