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Une déléguée commerciale à Seattle qui insuffle passion et fierté à son travail

Les représentants du Service des délégués commerciaux (SDC) du Canada parlent souvent de leur réseau mondial comme d’une famille, qui leur donne un sentiment d’appartenance, de compréhension et de détermination lorsqu’ils font la promotion du commerce et des investissements canadiens partout dans le monde.

Ces dernières années, Maddie Morris, déléguée commerciale à Seattle, a été particulièrement sensible à cette approche alors qu’elle entreprenait une démarche très personnelle. L’un des premiers membres du SDC à changer ouvertement de genre, elle explique que le fait de travailler pour le gouvernement d’un pays inclusif a été « important et rassurant », tout comme le soutien de ses collègues du SDC, ici et ailleurs.

« Pour avoir réalisé un tel changement personnel, je suis profondément reconnaissante à ma famille professionnelle, qui m’a entourée, ici à Seattle, à Ottawa, ailleurs au Canada et partout dans le monde », explique Mme Morris. Cette employée américaine de 29 ans recrutée sur place (ERP) est responsable du secteur de la fabrication de pointe dans la région du Nord‑Ouest du Pacifique aux États‑Unis.

« Je n’ai reçu que des commentaires d’encouragement, et ma décision a été très bien accueillie, ajoute‑t‑elle. J’ai eu confiance que tout se passerait bien, et c’est exactement ce qui s’est produit. »

Une passion pour les relations internationales

Mme Morris, qui a grandi dans la communauté rurale d’Anderson, en Caroline du Sud, a été la première personne de sa famille à quitter le pays pour faire sa 3e année d’études à l’Université d’Édimbourg. « J’ai trouvé ma passion pour la découverte de nouvelles cultures et de nouvelles personnes», se souvient‑elle. Mme Morris est retournée à Édimbourg préparer une maîtrise en relations internationales en 2015, tout en travaillant pour le Parlement écossais et en se rendant régulièrement à Beyrouth afin de poursuivre les recherches pour sa thèse sur l’économie libanaise.

Maddie Morris
Maddie Morris, déléguée commerciale à Seattle
Photo : Dylan Priest Photography

De retour aux États‑Unis, elle a travaillé dans une agence de relations publiques à Atlanta, où elle représentait de grandes entreprises. Mais guidée par sa passion pour les relations internationales, elle a fini par prendre là‑bas un poste de gestionnaire du commerce et des investissements, au ministère du Commerce international du Royaume‑Uni, où elle était responsable du secteur de l’ingénierie avancée.

Il y a 3 ans, Mme Morris s’est jointe au SDC à Seattle, où on lui a confié le même secteur. Ce poste avait toujours porté sur la chaîne d’approvisionnement de l’industrie aérospatiale, notamment compte tenu de la présence de Boeing, mais la région offre aussi d’excellentes perspectives dans le secteur maritime, explique Mme Morris. Des entreprises comme Amazon et Microsoft ouvrent des débouchés dans des domaines comme la fabrication robotisée, un volet auquel elle contribue avec ses collègues du SDC chargés du secteur technologique.

« Je n’ai qu’une seule vie »

Entre‑temps, Mme Morris avait pris la décision de changer de genre, en 2014, après une grave maladie qui avait provoqué une fièvre de 106o F (42,7o C) et un œdème cérébral. Les médecins la croyaient condamnée, mais elle s’est entièrement remise et a alors compris qu’elle n’avait qu’une seule vie. « Après avoir recouvré toutes mes capacités cognitives, j’ai décidé que c’était quelque chose qui me tenait à cœur », se souvient Mme Morris.

Son déménagement dans l’État de Washington a facilité sa transition : en effet, même si Atlanta est une ville où les gens font preuve d’ouverture, Seattle est reconnue pour son soutien à la communauté LGBTQ2+. « C’est un endroit où je sentais que je pourrais être en sécurité aux premières étapes de ma transition, explique‑t‑elle, et c’est aussi très loin de ma région d’origine, le Sud‑Est des États‑Unis. J’avais besoin d’espace et de distance par rapport à ma ville natale pour un nouveau départ dans une nouvelle ville. »

Cette importante étape de sa vie, en pleine pandémie de COVID‑19, a comporté son lot de difficultés et de possibilités. « L’idée que nous avions de l’équilibre travail‑famille était floue avant la pandémie. Celle-ci a transformé notre définition de la vie professionnelle. » Elle espère que cette expérience nous aura fait comprendre l’importance de « diriger avec empathie » en milieu du travail. « Mes collègues canadiens permutants et les autres employés recrutés sur place ont fait preuve d’une grande humanité à mon égard », explique‑t‑elle. Et pour Mme Morris, ce soutien a compté pour son travail au SDC.

« Je ne soulignerai jamais assez le rôle important qu’ont joué mes collègues dans ce qui est une décision finalement très personnelle, une décision susceptible d’avoir des répercussions considérables sur ma vie au travail », dit‑elle. Mme Morris ajoute que la COVID‑19 a permis de sensibiliser davantage les gens au fardeau que doivent parfois porter leurs collègues dans leur vie personnelle. « Je devais composer avec une transition de genre, en pleine pandémie, mais d’autres personnes vivaient leurs propres drames, comme des parents malades, des deuils, des divorces. »

Un billet sur LinkedIn devient « modérément viral »

Le 30 novembre 2020, soit un an après le début de son traitement hormonal de substitution, Mme Morris a affiché son nouveau nom et remplacé la photo de son profil sur LinkedIn pour donner une représentation plus fidèle de son identité. Dans son billet, elle remerciait ses collègues et connaissances et disait espérer que l’affirmation publique de son identité encouragerait d’autres membres de la communauté transgenre à poursuivre une carrière dans les relations internationales et la gouvernance mondiale. « Le domaine de la diplomatie doit faire plus de place aux voix et aux perspectives des personnes transgenre et queer », écrivait Mme Morris.

Son billet sur LinkedIn est devenu « modérément viral » et a été consulté plus de 400 000 fois. « Je suis passée de 30 à 40 personnes qui me connaissaient et étaient au courant de mon changement de nom à l’équivalent de la population de Victoria qui était au courant de ma vie privée! »

Mme Morris ne s’attendait certainement pas à la réaction qu’allait susciter son billet — en fait, elle voulait simplement informer ses contacts de son changement de nom et de coordonnées, étant donné son rôle public en tant que déléguée commerciale. « Je pensais que cette petite annonce sur ma page LinkedIn n’était qu’un aspect pratique de ma transition, qui me permettrait de poursuivre mon travail sans difficultés, dit‑elle. Mais je crois que de nombreuses personnes ont compris, malgré le ton officiel et factuel de mon annonce, qu’il s’agissait pour moi d’une décision personnelle fondamentale. »

Tout au long de sa transition, Mme Morris a été reconnaissante du soutien des gestionnaires du SDC qui lui rappelaient simplement de « continuer son excellent travail. »

« Finalement, dans un contexte professionnel, votre nom et votre genre ne devraient pas importer, explique Mme Morris. Ce qui compte, c’est d’accompagner les entreprises canadiennes qui veulent exporter aux États‑Unis ou d’aider les entreprises américaines qui veulent s’implanter au Canada et y engager du personnel. Ou tout autre aspect du rôle d’un délégué commercial. »

Favoriser la réussite des clients canadiens

Le SDC soutient des entreprises en démarrage et des PME qui sont fondées ou dirigées par des membres de la communauté LGBTQ2+ et d’autres groupes au Canada, qui ont longtemps été sous‑représentés dans le domaine du commerce international, explique Mme Morris. Au cours des 3 dernières années, elle a piloté un projet dont elle est très fière: l’initiative Boeing Launchpad Canada 2020, premier accélérateur du SDC axé sur l’industrie aérospatiale et mené en partenariat direct avec un fabricant d’équipements d’origine (FEO) d’envergure internationale. « Sur les 10 entreprises sélectionnées pour participer au programme, 8 étaient détenues ou dirigées par des membres de groupes sous‑représentés au Canada, indique Mme Morris. Le simple fait de donner à des entreprises en démarrage et des PME canadiennes l’occasion d’échanger avec un FEO mondial de l’aérospatiale, comme Boeing, leur offre une occasion unique dont elles ne profiteraient jamais sans l’appui et la voix du SDC. »

Mme Morris est fière d’avoir donné plus de visibilité à ces clients du SDC grâce à de telles initiatives. « Au bout du compte, le rôle de chaque délégué commercial consiste à soutenir l’économie canadienne, et à le faire en aidant nos entreprises à réussir à l’étranger. » Des chefs d’entreprises lui disent à quel point le soutien du SDC est important pour leurs activités internationales. « En tant que délégués commerciaux, nous sommes choisis pour notre expérience, pour nos contacts et pour notre capacité à accomplir cette tâche. Et nous en sommes très fiers. Nous sommes fiers de nos succès. »

Selon Mme Morris, tout cela requiert de la persévérance, d’autant plus que les délais sont très longs dans les chaînes d’approvisionnement des secteurs maritime et de l’aérospatiale et dans la fabrication de pointe. « Nous devons nous engager à long terme envers nos entreprises clientes pour faire en sorte qu’elles réussissent. »

La pandémie a rendu son travail encore plus exigeant, et les délégués commerciaux sont plus occupés que jamais, car les entreprises cherchent à obtenir des services en ligne et sollicitent leur aide pour expédier leurs marchandises de l’autre côté de la frontière. Mme Morris attend avec impatience une embellie du côté de la mobilité. « Mais je suis vraiment ravie qu’il soit de nouveau plus facile de franchir la frontière. »

Elle a passé du temps à Vancouver, mais a hâte de découvrir Québec, Montréal, Toronto et Ottawa. Elle aimerait aussi visiter Banff et traverser le Canada en train. « C’est sur ma liste de souhaits. »

« La visibilité : un devoir et une obligation »

Mme Morris sait bien que pour beaucoup de gens, elle est la première personne transgenre qu’ils rencontrent. « Et dans certains cas, je pourrais bien être la seule qu’ils connaîtront au cours de leur vie ». Elle pense qu’en faisant preuve d’ouverture, si elle peut faire évoluer les idées d’une personne sur les personnes transgenres, cela aura valu la peine.

Elle estime qu’elle a « le devoir et l’obligation d’être visible en tant que déléguée commerciale transgenre » et souligne qu’on peut « difficilement minimiser l’importance de voir des gens comme soi‑même dans le monde qui nous entoure. »

Mme Morris espère que toute visibilité associée à sa transition publique aidera d’autres personnes transgenres et queer à considérer les relations internationales et le commerce mondial comme une option. Elle ajoute que le monde peut être « un endroit menaçant pour les membres de ma communauté. Je crois que le fait de travailler dans les relations internationales et le commerce mondial nous donne une belle occasion d’exercer une influence sur la façon dont les genres sont perçus en milieu de travail. »

En définitive, elle souhaite changer l’image que l’on a d’un diplomate ou des services diplomatiques. « Il est aussi important d’encourager les gens de différents horizons à s’intéresser aux relations internationales, ajoute Mme Morris. Plus les perspectives et les expériences que l’on réunit sont diverses, plus nous serons en mesure de trouver des solutions réelles aux problèmes mondiaux. »

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