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Une femme entrepreneure consciente de l’importance des ventes à l’étranger et du soutien à domicile

Ayant fondé à deux reprises une entreprise technologique canadienne, Mme Suhayya (Sue) Abu‑Hakima sait à quel point il est important pour les entreprises en démarrage de vendre leurs produits et services à l’étranger et de trouver du soutien au Canada.

Suhayya (Sue) Abu-Hakima
Mme Suhayya (Sue) Abu‑Hakima, cofondatrice, présidente et chef de la direction d’Amika Mobile Corporation

Mme Abu‑Hakima est cofondatrice, présidente et chef de la direction d’Amika Mobile Corporation, une entreprise située à Ottawa qui utilise l’intelligence artificielle pour permettre la communication essentielle avec des personnes sur n’importe quel appareil et sur n’importe quel réseau en cas d’urgence. Titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat en informatique et en génie informatique, avec une spécialisation en intelligence artificielle, elle a cofondé Amika Mobile en 2007 à la suite de la tuerie de Virginia Tech, qui a fait ressortir la nécessité d’une technologie pouvant être utilisée pour communiquer avec les gens et leur permettre de se mettre à l’abri du danger.

« Il a fallu deux heures pour rejoindre tout le monde par courriel », dit-elle, alors que le tireur avait déjà tué 32 personnes et en avait blessé 17, le massacre le plus meurtrier à survenir dans une école de l’histoire des États‑Unis. Son entreprise s’est lancée dans la mise au point d’Amika Mobility Server, qui permet à la police et aux agents de sécurité d’avoir une connaissance de la situation, d’établir des communications et d’exercer un contrôle, et ce, rapidement, dans des circonstances critiques comme les incendies, les tornades ou les fusillades de masse. « Ces produits sont essentiels dans la mesure où ils peuvent reconnaître automatiquement des appareils mobiles dans les lieux publics pour permettre aux gens de se mettre à l’abri du danger, ce qui est unique par rapport à tous nos concurrents », dit‑elle.

Le système, lancé sur le marché en 2011, peut être utilisé notamment dans les stades, les aéroports, les hôpitaux, les centres commerciaux et les campus où les visiteurs doivent être comptabilisés et gérés. Le système « reconnaît automatiquement » les appareils dans les lieux publics en exploitant intelligemment une vaste « toile d’araignée » de réseaux invisibles qui comprennent le système cellulaire, les réseaux locaux et vocaux, le Wi‑Fi et plus encore.

« Toute l’architecture sur laquelle il repose est une plateforme d’intelligence artificielle, affirme‑t-elle. Nous avons la capacité d’envoyer des messages d’alerte d’urgence géoréférencés et des messages informatifs sur les téléphones des usagers en un rien de temps. »

Amika Mobile (« amika » signifie « amical » en espéranto) a 16 brevets internationaux en cours de traitement dont 10 ont été délivrés. L’entreprise a remporté 22 prix de l’industrie de la sécurité pour ses innovations et est « en avance sur son temps », affirme Mme Abu‑Hakima. Mais la clé a été les programmes d’innovation du gouvernement du Canada qui l’ont aidée à prendre son envol, ainsi qu’une stratégie « agressive, mais mûrement réfléchie » qui lui permet de commercialiser ses produits et services sur le marché mondial.

« Si vous voulez réussir, vous devez vendre à l’extérieur du Canada. N’importe quel entrepreneur digne de ce nom vous dira la même chose », précise‑t‑elle, soulignant que la moitié du marché de l’entreprise se trouve aujourd’hui aux États‑Unis et que le marché progresse maintenant « de manière contrôlée » aux Émirats arabes unis.

Les Émirats arabes unis : une source de débouchés pour les femmes

Les Émirats arabes unis se modernisent rapidement et la question des femmes est au cœur de leur programme de modernisation, affirme Daniele Haddad, déléguée commerciale à Dubaï et responsable du secteur des technologies de l’information et des communications ainsi que des sciences de la vie et de l’innovation.

Selon elle, le gouvernement émirien « a fait des progrès lorsqu’il s’agit de consulter les femmes sur des enjeux nationaux ». Par exemple, près d’un tiers de son cabinet est composé de femmes, et le pays a annoncé en 2018 que les femmes constitueront la moitié du Conseil national fédéral, l’organe consultatif qui représente le peuple émirien.

Selon Mme Haddad, pour les entreprises dirigées par des femmes, une des stratégies consiste à trouver des championnes ou des alliées locales dans leur secteur. « Elles peuvent aussi tirer parti des nombreuses activités que le Service des délégués commerciaux (SDC) organise à l’intention des femmes d’affaires. »

Par exemple, le SDC à Dubaï a aidé à l’organisation d’un certain nombre de tables rondes sur le leadership féminin, en particulier dans les secteurs de la technologie et de l’innovation, ajoute‑t‑elle. « Ces rencontres permettent à des Canadiennes et à des Émiriennes de faire plus ample connaissance, de tisser des liens et de recevoir de l’aide pour atteindre leurs objectifs commerciaux. »

Un élément important des plans d’exportation de cette PME a été de s’identifier comme une entreprise de femmes certifiée par WEConnect International, dit Mme Abu‑Hakima. L’entreprise reçoit également de l’aide du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC) et de son programme Femmes d’affaires en commerce international (FACI), ainsi que des Services d’aides à l’exportation de l’Ontario, « qui s’efforcent tous de promouvoir l’expansion des PME », souligne‑t‑elle.

« Nous avons beaucoup de chance d’être entourés de gens formidables, précise Mme Abu‑Hakima, soulignant que l’équipe du SDC a également été phénoménale aux Émirats arabes unis. Nous sommes très satisfaits de leurs efforts. »

Selon Mme Daniele Haddad, déléguée commerciale à Dubaï, qui s’occupe des secteurs des technologies de l’information et des communications, des sciences de la vie et de l’innovation, « Amika Mobile a travaillé sans relâche pour s’implanter sur le marché émirien, ce qui a été déterminant dans la réussite de ses efforts. Les visites répétées de Mme Abu‑Hakima aux Émirats arabes unis, pour renforcer des relations déjà établies et en nouer de nouvelles, en sont la preuve, ajoute‑t‑elle. La participation active des dirigeants d’une entreprise est importante pour qu’un produit ou une solution ait le vent en poupe et suscite un intérêt, en particulier au moment d’entrer sur le marché.

Au niveau local, le principal défi pour l’entreprise a été de se familiariser avec le secteur émirien de la sécurité des technologies de l’information, fortement concurrentiel, note‑t‑elle. Le SDC a soutenu Amika Mobile en fournissant des renseignements sur les partenaires potentiels, en évaluant les organisations et en trouvant des points de contact appropriés. « Par la suite, notre bureau local a facilité les présentations, ce qui peut aider à ouvrir des portes », indique Mme Haddad, soulignant que le pays « est très accueillant pour les femmes entrepreneures ».

Selon Mme Abu‑Hakima, les femmes qui sont actives dans le milieu de la technologie doivent relever de nombreux défis. « Force est d’admettre que le sexisme sévit partout. On apprend à contourner le problème, commente‑t‑elle. La première chose que les gens voient, c’est que vous êtes une femme. Puis ils constatent que vous êtes très intelligente et que vous êtes très crédible, si bien que ce n’est plus un problème pour eux. »

Pour elle, les banques et les autres institutions financières sont le « dernier bastion » de la suprématie masculine, ce qui fait qu’il est « extrêmement difficile » pour les femmes de se procurer des capitaux. Son entreprise a donc dû faire preuve de créativité pour financer sa croissance, améliorer sa situation par ses propres moyens et tirer parti des fonds gouvernementaux et des crédits d’impôt pour la recherche et le développement.

Amika Mobile entreprend son expansion aux Émirats arabes unis « avec une extrême prudence », dit‑elle, soulignant que partir à l’étranger « coûte cher et est également très risqué. Il faut être très prudent, prendre son temps et ne pas se précipiter. »

« L’entreprise étudie d’autres marchés mondiaux, avec l’aide du SDC, et se concentrera probablement ensuite sur le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, tout en continuant de prospecter la région du golfe Persique, ajoute‑t‑elle. Notre produit parle toutes les langues, et il peut être commercialisé partout. »

Parallèlement, Mme Abu‑Hakima est une conférencière recherchée pour sa vaste expérience et son franc‑parler, et elle aime jouer le rôle de mentor et de modèle. Elle souhaite que plus de filles et de femmes entrent dans son domaine. Elle conseille aussi aux femmes entrepreneures d’agir de manière « prudente et réfléchie » lorsqu’elles partent à l’étranger, même s’il n’y a aucune hésitation à aller aux États‑Unis. Les entreprises appartenant à des femmes devraient obtenir une certification, ce qui « ouvre des portes et améliore la visibilité » auprès des entreprises qui cherchent à s’approvisionner auprès d’entrepreneurs sous‑représentés, précise‑t‑elle. Elles devraient également « tirer parti du plus grand nombre possible de produits et services gouvernementaux », comme le SDC, CanExport et FACI. « Vous voulez vraiment vous assurer d’obtenir de bons conseils. C’est tellement important. »

Amika Mobile poursuit ses efforts de recherche‑développement, en se concentrant par exemple sur les technologies des villes intelligentes. « Nous offrons un produit qui n’a pas d’équivalent dans le monde, ajoute Mme Abu‑Hakima. L’objectif ultime est de sauver des vies. »

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