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Un produit de soins de la peau naturel passe de la mijoteuse au marché mondial

Alors que Patrice Mousseau s’affairait à trouver un produit naturel pour soigner l’eczéma de sa petite fille il y a six ans de cela, elle n’aurait jamais imaginé où ses recherches la mèneraient.

Mme Mousseau, une Ojibwé de la Première Nation de Fort William ayant grandi à Sioux Lookout, en Ontario, ne pouvait trouver aucun produit qui fonctionne pour sa fille de huit mois. La peau de sa fille était tellement sèche et sensible qu’elle saignait, mais les traitements médicaux disponibles, à base de stéroïdes topiques, comportaient des effets secondaires préoccupants. Mme Mousseau s’est donc employée à concocter un remède maison dans sa cuisine.

Patrice Mousseau
Patrice Mousseau, fondatrice et PDG de Satya Organics Inc.

Grâce à son expérience en journalisme, elle a pu mener une enquête approfondie, examinant les recherches médicales, les études universitaires et la médecine traditionnelle. « J’ai pris toute cette information, je l’ai mise dans ma mijoteuse et j’ai obtenu un produit qui a soigné l’eczéma de ma fille en deux jours », se remémore Mme Mousseau.

Mon produit ne contenait que cinq ingrédients biologiques ayant des propriétés anti‑inflammatoires éprouvées. Une fois le problème de santé de sa fille réglé, elle a pris le baume qui restait de ce premier lot et l’a remis à des femmes faisant partie de son groupe Facebook « maman et bébé », dont les enfants souffraient également d’eczéma.

« J’ai dû refaire ma recette trois fois à la mijoteuse parce que tout le monde m’en demandait », raconte la mère monoparentale, qui vit à Coquitlam, en Colombie‑Britannique, en banlieue de Vancouver. En moins d’un an, elle vendait son produit dans des marchés fermiers de la région. En 2014, elle a commencé à vendre son produit au détail, surnommant son entreprise en démarrage Satya Organics Inc. « C’était un nom tout indiqué pour mon entreprise », fait observer Mme Mousseau, fondatrice et PDG de l’entreprise, car Satya est un terme sanskrit qui signifie « en quête d’une vérité supérieure ».

Son produit, Satya Organic Eczema Relief, est aujourd’hui vendu dans quelque 800 magasins au Canada, en plus d’être offert en ligne. Avec l’aide du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC) et de Trade and Invest BC, il commence aussi à s’implanter sur les marchés à l’étranger.

Le marché international « ne faisait vraiment pas partie de mes plans », explique Mme Mousseau. Alors qu’elle participait à un salon professionnel à Vancouver, une personne est venue la voir pour lui acheter un pot de crème. Cette acheteuse, c’était Janet Cho, la gestionnaire pour le marché de Hong Kong auprès du ministère de l’Emploi, du Commerce et de la Technologie de la Colombie‑Britannique, qui recherchait des produits qui pourraient être de bons candidats à l’exportation.

« Je l’ai moi-même utilisé et je me suis rendu compte qu’il donnait vraiment de bons résultats », souligne Mme Cho, qui a vu en Hong Kong un marché pour la crème contre l’eczéma. Son équipe a aidé Mme Mousseau à régler les questions comme l’approvisionnement en pots de verre pour l’entreprise et l’a mise en contact avec des collègues au bureau de Hong Kong de l’organisme Trade and Invest BC, ainsi qu’avec le SDC. « Nous avons une excellente relation de travail », souligne Mme Cho.

La principale personne-ressource de Mme Mousseau au bureau du SDC à Hong Kong est Kitty Ko, la déléguée commerciale responsable des produits de consommation pour les soins de beauté et de la peau. Mme Ko l’a aidée à trouver des distributeurs locaux intéressés par des produits comme le sien et à s’occuper de détails comme l’étiquetage et l’emballage, ainsi que de questions de réglementation.

La première étape pour Satya consistait à « susciter la confiance envers le produit, grâce à des séances d’information, avant d’envisager la possibilité de l’exporter », mentionne Mme Ko, qui travaille en étroite collaboration avec des représentants commerciaux de la Colombie‑Britannique à Hong Kong afin de trouver des clients aux entreprises canadiennes. Elle souligne que les produits de soins de la peau sont très recherchés dans cette région, à l’instar des produits biologiques et pour « maman et bébé » comme celui de Mme Mousseau. Elle ajoute que Hong Kong est un marché relativement ouvert et une plaque tournante pour les ventes en ligne et hors ligne en Asie du Sud‑Est.

Mme Mousseau affirme que ses recherches ont révélé que l’eczéma est un problème croissant à Hong Kong, et souligne que le SDC l’a beaucoup aidée à traiter toutes sortes de questions. « Ils savent si bien nous encourager! C’est formidable! », rapporte‑t‑elle. « Il n’y a pas beaucoup de bureaucratie, chose que je déteste, il n’y a que des gens désireux de vous aider et d’aider votre entreprise à prendre de l’essor. »

Elle précise : « Si j’ai des questions, les délégués commerciaux y répondent… Ils établissent un rapport très personnel, très humain. » Mme Ko l’a aidée à trouver des distributeurs potentiels et à communiquer avec eux. Elle s’est employée à trouver ceux qui avaient les meilleurs réseaux et la meilleure réputation, ceux qui lui donnaient le sentiment qu’ils répondraient le mieux à ses besoins.

Le distributeur qu’elle a choisi est Trinity Trading Company, qui est en affaires à Hong Kong depuis plus de 50 ans et qui se spécialise dans l’équipement médical, les produits pharmaceutiques et les produits de santé aux consommateurs.

Richard Chen, le directeur des produits pharmaceutiques et des produits de soins de la peau de cette entreprise, dit avoir été contacté par le SDC à propos de Satya, ce qui a établi un pont avec l’entreprise. Il a ensuite commencé à correspondre avec Mme Mousseau et a rapidement déterminé que Satya Organic Eczema Relief était un bon produit pour Hong Kong, Macao et d’autres régions de l’Asie‑Pacifique.

M. Chen souligne que le fait qu’il s’agit d’un produit pur et biologique est à coup sûr un argument de vente solide, et qu’il pourra être vendu par l’intermédiaire de bureaux de médecins, de magasins de produits de santé et d’autres détaillants spécialisés. Il souligne que le Canada a une excellente réputation pour de tels produits et que le fait que la crème s’est vu attribuer un numéro de produit naturel par Santé Canada confère un atout de plus à Satya.

Mme Mousseau accumule les critiques élogieuses et les prix, et a obtenu du financement pour parfaire son produit biologique de soulagement de l’eczéma grâce à l’émission télévisée Dragons’ Den diffusée sur CBC. Elle mentionne qu’à l’heure actuelle, elle mise sur une croissance lente et ne veut rien précipiter. Elle considère Hong Kong comme un marché témoin et envisage un lancement en douceur. « Je vais voir comment vont les choses. »

Elle affirme que l’exportation a été une longue courbe d’apprentissage, et que le fait d’avoir été capable de discuter avec le SDC et des experts en commerce de la Colombie‑Britannique concernant la possibilité de faire ce bond a joué un rôle instrumental. Son message aux entrepreneurs comme elle : « C’est votre entreprise, alors vous devez prendre vous-mêmes les décisions. » Elle leur recommande de s’assurer d’être prêts à tirer parti des possibilités à l’international.

« Les choses ont évolué si rapidement que j’essaie simplement de suivre le rythme des débouchés », affirme Mme Mousseau, qui se réjouit que les stéroïdes ne soient plus la seule mesure de défense contre l’eczéma. Elle perçoit des marchés infinis partout dans le monde pour sa crème. « L’époque où je fabriquais mon produit avec ma mijoteuse est révolue! »

Préparez votre entrée sur le marché de Hong Kong

Hong Kong offre des débouchés intéressants aux petites entreprises comme Satya Organics Inc. qui veulent se tailler une place sur les marchés mondiaux, mais les experts soutiennent qu’il faut aussi trouver des ressources, rassembler des partenaires et approcher ce marché de la bonne façon.

Kitty Ko, une déléguée commerciale auprès du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC) à Hong Kong, qui est responsable des produits de consommation comme les soins de beauté et de la peau, affirme que le service offre des conseils et de l’aide aux entreprises canadiennes qui souhaitent s’établir à Hong Kong ou ailleurs dans le monde.

« Nous pouvons les aider à préparer leur entrée sur ce marché », indique‑t‑elle.

Janet Cho, gestionnaire pour le marché de Hong Kong auprès du ministère de l’Emploi, du Commerce et de la Technologie de la Colombie‑Britannique, soutient que lorsque des entreprises comme Satya s’implantent sur le marché de Hong Kong, il est important que les gens soient au fait de leur présence. Elle recommande que les entreprises « racontent l’histoire » de leur produit, présentent des preuves de son efficacité et montrent qu’il connaît du succès au Canada.

La désignation d’un produit comme étant canadien est une caractéristique commerciale cruciale. « La marque Canada peut en faire beaucoup. Une feuille d’érable sur votre emballage contribuera à établir cette marque », souligne‑t‑elle, mentionnant que Hong Kong compte une grande population d’expatriés canadiens qui souhaitent obtenir des produits canadiens.

Emily McLaughlin, une déléguée commerciale qui exerce aussi les fonctions de consule à Hong Kong, indique qu’il s’agit d’un bon endroit pour les entreprises qui cherchent à se diversifier pour tenter leur chance sur différents marchés, notamment les produits de niche et les nouvelles technologies innovatrices. « Hong Kong est un bon terrain d’expérimentation pour le reste de la région », précise‑t‑elle, et il est moins complexe de s’implanter à Hong Kong que sur les marchés de la Chine ou de l’Indonésie.

Hong Kong a un système de common law, l’anglais est parlé par la communauté d’affaires, il est facile d’obtenir un soutien logistique, et le SDC et des organismes comme Trade and Invest BC y sont très actifs, affirme‑t‑elle. « Lorsque vous avez une présence sur le terrain, à la fois au Canada et à Hong Kong dans les entreprises où vous travaillez, votre réseau s’en trouve élargi. »

Mme McLaughlin indique qu’il y a beaucoup de choses que les gens ignorent dans les petites entreprises qui ont peu d’expérience en matière d’exportation. « Elles ont besoin d’un encadrement étroit. Outre le SDC, un partenaire dans la région peut accomplir des tâches pour vous, mais il faut faire preuve de toute la diligence voulue pour trouver le bon partenaire, précise‑t‑elle. Il faut par exemple avoir une idée de votre partenaire et de ses secteurs d’activité. Ils n’entrent pas tous dans le même moule. »

La capacité de production et les compétences en marketing sont deux des difficultés auxquelles se heurtent les petites entreprises qui veulent s’implanter à Hong Kong, souligne Mme McLaughlin. « Les entreprises doivent avoir un budget suffisant ou un bon partenaire qui peut contribuer à faire en sorte que le produit soit vendu une fois ici, indique‑t‑elle. Vous devez éviter de consacrer du temps et de l’argent, pour ensuite oublier le dernier point important. »

Mme McLaughlin met en garde les petites entreprises de ne pas s’éparpiller trop rapidement et leur suggère par exemple de garder suffisamment de produits en stock. « Il faut être en mesure de répondre à la demande sous peine de voir les gens passer à autre chose, mentionne-t-elle. C’est une question de présenter de nouveaux produits et de maintenir le rythme. »

Hong Kong est considérée comme un tremplin et les consommateurs issus de la grande région s’y rendent pour voir de tels produits, de sorte qu’il est utile d’avoir le réseau du SDC dans la région qui travaille pour vous, renchérit‑elle.

« Nous avons des experts comme Mme Ko dans tous les marchés de l’Asie qui aident les entreprises à vendre leurs biens et leurs services », précise‑t‑elle, soulignant qu’il se révèle également utile pour les entreprises d’avoir une présence dans la région. « Il vous faut consacrer temps et argent, et mettre à contribution des gens pour vous prêter main‑forte. Il faut être résolu et assurer des suivis, mais le jeu en vaut la chandelle. »

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