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Le soutien du SDC ouvre les portes à une solution innovante de recyclage du plastique

Polystyvert est une entreprise innovante de technologies propres qui a mis en place une économie circulaire pour les plastiques styrènes grâce à un processus de recyclage par dissolution. En 2020, cette entreprise québécoise a été reconnue comme l’une des 100 entreprises technologiques pionnières par le Forum économique mondial. Le fait que son entreprise a été sélectionnée pour son travail de lutte contre le changement climatique, ce à quoi elle s’est consacrée ces dix dernières années, malgré plusieurs premiers revers, a été particulièrement important pour la fondatrice Solenne Brouard.

Solenne Brouard

L’entreprise a fermement pénétré le marché européen. Les fournisseurs de technologies propres établissent communément leur expansion initiale sur ce marché car les entreprises de l’UE sont soumises à des pressions réglementaires importantes, ce qui signifie que les solutions technologiques propres sont plus demandées.

La fondatrice Solenne Brouard et son équipe ont engagé le Service des délégués commerciaux (SDC) pour la première fois en 2016 alors qu’ils avaient du mal à entrer en contact avec les bons clients potentiels de l’UE. « Très souvent, j’ai pu rejoindre quelqu’un dans les entreprises avec lesquelles nous voulions travailler, mais je n’ai jamais pu rencontrer le décideur. C’est donc à ce moment que je me suis tourné vers le SDC. Ses délégués connaissent bien le marché européen et ont pu me mettre en contact avec les décideurs des entreprises que nous ciblions. », dit Mme Brouard.

Mme Brouard avait plus qu’un intérêt passager pour la protection de l’environnement lorsqu’elle a remarqué que les grandes entreprises jetaient des ordures contenant de grandes quantités de polystyrène (PS), un matériau utilisé pour créer des emballages alimentaires en plastique. Le PS est le plastique le moins recyclé en raison principalement des coûts de transport, de décontamination et du produit final de mauvaise qualité. Avec vingt millions de tonnes de PS non recyclé qui finissent dans les décharges chaque année, elle se demande s’il existe une solution de recyclage à ce problème de déchets. Déjà consciente que les plastiques vierges étaient très demandés, et après ce qu’elle appelle une « recherche très fondamentale », Mme Brouard est tombée sur une solution technologique développée par l’entreprise japonaise Sony qui convertit le PS en plastiques vierges réutilisables.

Solenne Brouard
Solenne Brouard, fondatrice de Polystyvert

Elle a vu une opportunité commerciale viable de créer une technologie similaire au Canada et de puiser dans le marché croissant du PS. Elle a réuni une équipe d’ingénieurs et de chimistes mais leurs deux premiers essais ont échoué.

Pas du genre à abandonner, Mme Brouard est allée voir un professeur de chimie dans une université locale et lui a montré la conception proposée. Il a immédiatement compris pourquoi leurs essais échouaient et a suggéré de changer la méthode anti‑solvant, ce qui est nécessaire pour séparer les composés. Sa proposition était si nouvelle que Mme Brouard et son équipe devaient tout changer dans leur processus. Mais les révisions ont abouti à un prototype réussi et la technologie de dissolution était si unique qu’ils ont pu breveter l’innovation en 2014.

Le brevet s’est avéré incroyablement précieux dans la croissance de Polystyvert, attirant des investisseurs et aidant à lever suffisamment de fonds pour commencer à intensifier le processus. Finalement, l’entreprise a lancé sa première usine à Montréal en créant PS dans une installation en boucle fermée.

Aujourd’hui en pleine rédaction d’un quatrième brevet, Mme Brouard a réussi à construire la solution qu’elle envisageait en 2011. Mais elle admet qu’il y avait des leçons difficiles à tirer en cours de route, à savoir « quand on a quelque chose qui fonctionne — une technologie qui fait ce qu’elle est censée faire — la commercialisation n’est pas nécessairement encore terminée. »

Obtenir la bonne technologie il y a six ans ne signifiait pas qu’elle avait un produit commercialement viable. Malgré les premiers commentaires positifs et les gros investissements, les clients « ne l’ont pas acheté. Pour eux, c’était trop cher. »

Cela a conduit Polystyvert à se concentrer sur la façon dont elle pourrait réduire le prix de la technologie. « Il ne suffit pas d’être respectueux de l’environnement; il doit être rentable. Je n’étais pas préparé pour cette leçon. », déclare‑t‑elle. Après plusieurs changements et nouvelles innovations, son équipe a pu optimiser la méthode de production et à son tour a créé une solution à coût compétitif.

Depuis sa collaboration avec le SDC, Mme Brouard a obtenu de nombreuses rencontres avec les décideurs et note qu’être une femme s’est avéré être un avantage. « Je suis habituellement la seule femme dans la pièce. Le polystyrène appartient au domaine du pétrole et du gaz, qui est très dominé par les hommes. Cela signifie que je suis facile à identifier […] — Je suis mémorable. Je suis la femme. » poursuit‑elle. Lorsqu’on lui demande s’il est difficile de travailler dans un secteur dominé par les hommes, elle met fin à la conversation en répondant : « La plupart d’entre eux sont heureux de travailler avec des femmes. Ils nous accueillent gentiment. »

Lorsqu’on lui demande quels conseils elle donne aux femmes qui envisagent de lancer leur propre entreprise, elle dit : « Faites‑le. N’attendez pas le bon moment — il n’y a pas de bon moment. [Les femmes entrepreneures] ont leurs propres défis, tels que les attentes en matière de responsabilité familiale. Il peut être difficile de tout gérer. Mais il y a des avantages à posséder sa propre entreprise que les emplois traditionnels n’offrent pas aux femmes, comme la flexibilité dans votre votre horaire [ou] prendre un jour de congé pour l’apprentissage. »

Polystyvert a fait partie de la cohorte des accélérateurs technologiques canadiens (ATC) aux États‑Unis en 2020. Mme Brouard déclare que les États‑Unis seront un très bon marché dans les années à venir, alors elle prépare le terrain dès maintenant.

Le mois dernier (janvier 2021) Polystyvert a annoncé son partenariat avec un produit chimique mondial aux États‑Unis. Selon Mme Brouard, le développement de partenariats est nécessaire pour pénétrer certains marchés. Lorsqu’on lui demande si elle a les yeux rivés sur l’Asie, elle est plus contemplative. « La Chine à elle seule est un marché plus important que l’Europe et l’Amérique du Nord réunies. Mais ils ont un marché très différent. Mon plan pour l’Asie est de trouver un partenaire établi, quelqu’un qui peut déployer la technologie pour nous. Ce serait plus efficace que d’essayer d’y aller seul. »

Polystyvert continuera à travailler avec le SDC pour atteindre ses objectifs d’expansion. Mme Brouard est en contact régulier avec le bureau régional du SDC dans la région du Québec et du Nunavut, qui peut servir de premier point de contact avant d’accéder au réseau mondial des délégués commerciaux dans plus de 160 villes à travers le monde. Elle a également reçu un financement dans le cadre du programme CanExport PME, qui l’a aidée à soutenir sa croissance sur les marchés mondiaux.

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